Hans Kölliker a 99 ans et réside dans une maison de retraite suisse depuis trois ans. Depuis septembre dernier, sa facture mensuelle de soins a bondi de 728,50 francs suisses, soit près de 800 euros. Motif officiel : il boit deux verres d’eau par jour sous supervision. Ce cas, rapporté par le journal suisse Beobachter et relayé par Capital, illustre de façon très concrète ce que “niveau de soins” peut vouloir dire sur une facture d’Ehpad.
Ce qui s’est passé exactement
Jusqu’à l’été 2024, Hans Kölliker était classé au niveau 1 de “besoins en soins”, ce qui correspondait à des visites de contrôle occasionnelles. La maison de retraite a ensuite estimé qu’il ne buvait pas suffisamment et risquait une déshydratation progressive. Elle a donc mis en place ce qu’elle appelle des “mesures régulières de préparation et d’accompagnement” : deux verres d’eau par jour apportés avec un rappel verbal de boire.
Ce changement de pratique a entraîné son passage au niveau 2 de soins. Résultat : sa facture mensuelle pour les soins seuls passe à 1 092,75 francs suisses (environ 1 200 euros), contre 364,25 francs avant.
« On me facture 728,50 francs par mois pour un verre d’eau deux fois par jour et un rappel de boire suffisamment. C’est difficile à comprendre », a déclaré le nonagénaire au Beobachter.
La direction de la maison de retraite a répondu en se retranchant derrière les règles en vigueur : « Ce n’est pas nous qui fixons les règles du jeu. Nous ne pouvons que faire de notre mieux pour les respecter correctement. »
Ce que ça change concrètement pour le résident
La caisse maladie de Hans Kölliker prend en charge une partie de la hausse. Mais il lui reste à payer 470 euros supplémentaires par mois de sa poche. Sur une année, ça représente 5 640 euros de reste à charge additionnel, pour deux verres d’eau quotidiens.
Il a décidé de ne pas en rester là. Il compte demander à l’établissement une justification écrite et détaillée de l’évaluation de ses besoins en soins, pour contester le passage au niveau 2.
Ce que ce cas révèle sur la tarification en Ehpad
Ce cas suisse peut sembler anecdotique. Il ne l’est pas. Il met en lumière un mécanisme qui existe dans tous les systèmes de prise en charge de la dépendance, y compris en France : la grille d’évaluation de la dépendance détermine le tarif, et un changement de niveau peut représenter plusieurs centaines d’euros de plus par mois.
En France, c’est la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) qui classe les résidents de GIR 1 (dépendance totale) à GIR 6 (autonomie préservée). Ce classement conditionne le montant de l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) et le tarif “dépendance” facturé par l’Ehpad. Un écart de niveau peut changer la facture de façon significative, exactement comme dans le cas de Hans Kölliker.
Le reste à charge en Ehpad en France est déjà élevé : selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), le coût moyen d’un Ehpad public tourne autour de 2 000 à 2 500 euros par mois, et bien davantage dans le privé. L’APA et l’aide sociale couvrent une part variable selon les ressources du résident, mais beaucoup de familles doivent compléter.
Ce que ce cas illustre, c’est la rigidité des grilles tarifaires : dès qu’un acte de soin est formalisé, il entre dans une catégorie qui se facture, même si l’acte en question semble dérisoire au regard de son coût.
Les questions à poser avant d’entrer en Ehpad
Si tu accompagnes un parent dans cette démarche, voici les points à vérifier :
- Le contrat de séjour : il doit détailler les niveaux de tarification et les conditions de révision du classement GIR.
- La procédure de réévaluation : comment est déclenchée une réévaluation du niveau de dépendance ? Qui en est informé et quand ?
- Le droit à contestation : en France, le résident ou sa famille peut contester une évaluation AGGIR auprès du Conseil départemental.
- Les postes du tarif “soins” : ce tarif est financé en partie par l’Assurance maladie, mais pas intégralement selon les cas. Demande une décomposition écrite.
- La mensualisation des hausses : une hausse de tarif doit faire l’objet d’un avenant au contrat, avec préavis.
Sur le plan de l’anticipation financière, la question du financement de la dépendance est un sujet que j’aborde plus largement dans mon hub principal, notamment autour des outils d’épargne longue durée (PER, assurance-vie) qui peuvent constituer une réserve pour couvrir ce type de reste à charge.
Mon avis
Ce cas choque parce qu’il rend visible quelque chose qui reste souvent opaque : la mécanique de facturation des soins en établissement. L’Ehpad suisse n’a probablement pas tort sur le plan réglementaire. C’est justement là le problème. Quand la règle produit une facture de 800 euros pour deux verres d’eau, c’est la règle qu’il faut questionner, pas seulement l’établissement. En France, le sujet du reste à charge en Ehpad est politiquement sensible depuis des années, et la réforme du grand âge tarde. Ce cas suisse est un bon révélateur de ce qui nous attend si on ne prépare pas financièrement cette étape.
FAQ
Pourquoi une maison de retraite peut-elle facturer autant pour un acte aussi simple ?
La facturation en Ehpad repose sur des grilles officielles de niveaux de soins. Dès qu’un acte est formalisé comme une “mesure d’accompagnement régulière”, il peut faire passer le résident à un niveau supérieur, avec un tarif plus élevé. C’est la rigidité de ces grilles qui produit ce type de factures, indépendamment de la valeur perçue de l’acte.
En France, comment est calculé le tarif “soins” en Ehpad ?
En France, le tarif soins est financé par l’Assurance maladie selon un forfait global fixé par l’ARS (Agence Régionale de Santé). Le tarif dépendance, lui, dépend du classement GIR du résident et conditionne le montant de l’APA versé par le Conseil départemental. Le reste à charge varie selon les ressources et le type d’établissement.
Peut-on contester une réévaluation du niveau de dépendance en Ehpad ?
Oui. En France, le résident ou sa famille peut demander une contre-expertise auprès du Conseil départemental si l’évaluation GIR leur semble erronée. Il est conseillé de demander à l’établissement une justification écrite détaillée avant toute contestation formelle.
Quel est le reste à charge moyen en Ehpad en France ?
Selon la DREES, le coût moyen d’un Ehpad public tourne entre 2 000 et 2 500 euros par mois. Après déduction de l’APA et des aides sociales, le reste à charge peut dépasser 1 500 euros par mois dans de nombreux cas. Dans le privé, il est souvent supérieur.
Comment anticiper financièrement les frais d’Ehpad ?
Les outils d’épargne longue durée comme le PER (Plan d’Épargne Retraite) ou l’assurance-vie permettent de constituer une réserve mobilisable à la retraite. Certains contrats d’assurance dépendance existent également, mais leurs conditions varient fortement selon les assureurs. Il vaut mieux s’y intéresser tôt, idéalement avant 60 ans.
Ces informations ont un caractère purement informatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Avant toute décision, faites vos propres recherches et consultez un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) ou un conseiller en investissement financier (CIF) agréé.
FAQ
Pourquoi une maison de retraite peut-elle facturer autant pour un acte aussi simple ?
La facturation en Ehpad repose sur des grilles officielles de niveaux de soins. Dès qu’un acte est formalisé comme une mesure d’accompagnement régulière, il peut faire passer le résident à un niveau supérieur avec un tarif plus élevé. C’est la rigidité de ces grilles qui produit ce type de factures, indépendamment de la valeur perçue de l’acte.
En France, comment est calculé le tarif soins en Ehpad ?
En France, le tarif soins est financé par l’Assurance maladie selon un forfait global fixé par l’ARS. Le tarif dépendance dépend du classement GIR du résident et conditionne le montant de l’APA versé par le Conseil départemental. Le reste à charge varie selon les ressources et le type d’établissement.
Peut-on contester une réévaluation du niveau de dépendance en Ehpad ?
Oui. En France, le résident ou sa famille peut demander une contre-expertise auprès du Conseil départemental si l’évaluation GIR leur semble erronée. Il est conseillé de demander à l’établissement une justification écrite détaillée avant toute contestation formelle.
Quel est le reste à charge moyen en Ehpad en France ?
Selon la DREES, le coût moyen d’un Ehpad public tourne entre 2 000 et 2 500 euros par mois. Après déduction de l’APA et des aides sociales, le reste à charge peut dépasser 1 500 euros par mois dans de nombreux cas. Dans le privé, il est souvent supérieur.
Comment anticiper financièrement les frais d’Ehpad ?
Les outils d’épargne longue durée comme le PER ou l’assurance-vie permettent de constituer une réserve mobilisable à la retraite. Certains contrats d’assurance dépendance existent également, mais leurs conditions varient fortement selon les assureurs. Mieux vaut s’y intéresser avant 60 ans.