Crypto-rapts : 25 ans de prison pour Mohamed Bajou, le problème reste entier

Le tribunal de Tanger a condamné Mohamed Bajou à 25 ans de prison pour les enlèvements de personnalités crypto en France. La peine est prononcée, mais le vrai problème persiste.

Crypto-rapts : 25 ans de prison pour Mohamed Bajou, le fond du problème reste entier

Le tribunal d’appel de Tanger a prononcé jeudi 21 mai 2026 une peine de 25 ans de réclusion criminelle contre Mohamed Hamid Bajou, franco-marocain de 25 ans. Ce jugement clôt, au moins formellement, l’une des affaires criminelles les plus violentes liées au monde de la crypto en France. Mais une condamnation, même lourde, ne règle pas tout.

Qui est Mohamed Bajou et quelles sont les charges retenues ?

Bajou est présenté par les enquêteurs comme le cerveau d’un gang spécialisé dans le ciblage de personnes fortunées, notamment des acteurs du secteur crypto. Selon le média local Tanja7, cité par le Journal du Coin, les charges retenues sont les suivantes :

  • constitution de gang criminel,
  • tentative de meurtre avec préméditation,
  • enlèvement et séquestration avec torture,
  • possession d’armes à feu sans autorisation,
  • trafic de stupéfiants.

Le tribunal a également ordonné le versement d’un million de dirhams marocains à chacune des victimes identifiées.

Bajou a nié l’ensemble des faits pendant le procès. Il a expliqué avoir quitté la France pour travailler dans l’agriculture au Maroc avec son grand-père, attribuant les accusations à un conflit familial avec un cousin. La justice en a décidé autrement : les messages et correspondances saisis à son arrestation ont établi son rôle central dans l’organisation.

Les victimes : des noms connus du secteur crypto français

Parmi les victimes figure David Balland, cofondateur de Ledger, la société française qui fabrique les portefeuilles matériels pour cryptomonnaies. Balland avait été enlevé en janvier 2025 dans le centre de la France avec sa compagne. Un doigt lui avait été coupé, et ses ravisseurs exigeaient une rançon de 10 millions d’euros.

Un autre professionnel de la crypto avait subi un sort similaire en mai 2025 : lui aussi amputé d’un doigt avant d’être libéré.

Ces crimes sont d’une violence physique rare dans le cadre d’affaires liées aux actifs numériques. Ils marquent un tournant dans la façon dont certains criminels perçoivent les détenteurs de crypto : non plus comme des cibles de phishing à distance, mais comme des cibles physiques à neutraliser directement.

L’arrestation : une notice rouge Interpol et un arsenal dans les conduits

Bajou avait fui en France pour s’établir à Tanger. Les autorités françaises avaient émis une notice rouge Interpol, ce qui a permis son arrestation en juin 2025. Dans son appartement, les enquêteurs ont découvert un arsenal d’armes blanches dissimulées dans les conduits de ventilation. Le procureur avait alors indiqué que l’individu semblait “préparer quelque chose” et constituait une menace active.

La coopération judiciaire franco-marocaine a fonctionné dans ce cas précis. C’est un point positif à noter.

Ce que ça change concrètement pour toi

La condamnation de Bajou, c’est une bonne nouvelle. Mais si tu détiens des cryptomonnaies, voilà ce que tu dois retenir de cette affaire.

La blockchain n’est pas le problème. Bajou et ses complices n’ont pas eu besoin de pirater un wallet ou de compromettre une clé privée. Ils avaient besoin d’un fichier : nom, adresse, patrimoine estimé, habitudes de vie. Ce fichier, il vient des fuites de données, pas de la blockchain.

En France, les fuites de données se comptent par milliers chaque année. Un fichier client volé chez un courtier, une base extraite d’un prestataire de santé, une liste de clients d’une plateforme crypto : c’est suffisant pour transformer un nom en cible opérationnelle.

Ce que ça veut dire pour toi en pratique :

  • Limite la visibilité de ton patrimoine. Ne parle pas publiquement de tes positions crypto, ni sur les réseaux, ni dans des cercles que tu ne maîtrises pas.
  • Vérifie tes paramètres de confidentialité sur toutes les plateformes où tu as déclaré des actifs ou des revenus.
  • Utilise une adresse de domiciliation séparée si tu es entrepreneur dans ce secteur. Ton adresse personnelle ne devrait pas apparaître dans des registres accessibles.
  • Sois vigilant sur les plateformes KYC. Les données que tu transmets pour vérifier ton identité (pièce d’identité, justificatif de domicile, selfie) peuvent être compromises si la plateforme est mal sécurisée. Cible en priorité les acteurs régulés et audités.

La menace physique reste marginale statistiquement. Mais elle a existé, elle a été documentée, et elle recommencera tant que les données personnelles circuleront aussi librement sur les marchés clandestins.

Si tu veux aller plus loin sur l’environnement réglementaire et sécuritaire autour de la crypto, j’ai récemment traité le Clarity Act et les 100 amendements qui menacent la loi crypto aux États-Unis : la régulation progresse, mais lentement.

Mon avis

25 ans de prison, c’est une peine sévère, et je ne vais pas m’en plaindre. Mais cette affaire illustre quelque chose que la communauté crypto en France a trop longtemps ignoré : la visibilité est un risque. Pas la blockchain, pas le wallet, pas le protocole. La visibilité. Tant que des bases de données personnelles se revendent à quelques dizaines d’euros sur des forums clandestins, posséder des cryptomonnaies comporte un risque physique réel pour les patrimoines visibles. La réponse judiciaire est nécessaire. Elle n’est pas suffisante.

FAQ

Mohamed Bajou a-t-il été condamné en France ou au Maroc ?

Il a été condamné par le tribunal d’appel de Tanger, au Maroc, où il avait été arrêté en juin 2025 après l’émission d’une notice rouge Interpol par les autorités françaises.

Qui est David Balland et pourquoi était-il ciblé ?

David Balland est cofondateur de Ledger, la société française de portefeuilles matériels pour cryptomonnaies. Sa notoriété dans le secteur et son patrimoine estimé en ont fait une cible pour le gang de Bajou.

Pourquoi les détenteurs de crypto sont-ils visés par ce type de criminalité ?

Pas parce que la blockchain est vulnérable, mais parce que les données personnelles (adresse, patrimoine estimé, identité) fuient massivement en France et alimentent des marchés clandestins. Ces informations permettent de cibler physiquement des personnes fortunées.

Comment protéger son identité quand on investit en crypto ?

Limiter la visibilité publique de ses positions, utiliser des plateformes régulées avec des politiques de sécurité solides, ne pas associer son adresse personnelle à des registres publics, et être prudent sur les réseaux sociaux concernant son patrimoine.

La condamnation de Bajou met-elle fin aux crypto-rapts en France ?

Non. La condamnation concerne un individu. Le problème structurel, c’est-à-dire les fuites massives de données personnelles qui permettent d’identifier les cibles, reste entier. D’autres affaires similaires sont possibles tant que ce problème n’est pas traité à la source.


Information & avertissement

Ces informations ont un caractère purement informatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Avant toute décision, faites vos propres recherches et consultez un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) ou un conseiller en investissement financier (CIF) agréé.

FAQ

Mohamed Bajou a-t-il été condamné en France ou au Maroc ?

Il a été condamné par le tribunal d’appel de Tanger, au Maroc, où il avait été arrêté en juin 2025 après l’émission d’une notice rouge Interpol par les autorités françaises.

Qui est David Balland et pourquoi était-il ciblé ?

David Balland est cofondateur de Ledger, la société française de portefeuilles matériels pour cryptomonnaies. Sa notoriété dans le secteur et son patrimoine estimé en ont fait une cible pour le gang de Bajou.

Pourquoi les détenteurs de crypto sont-ils visés par ce type de criminalité ?

Pas parce que la blockchain est vulnérable, mais parce que les données personnelles (adresse, patrimoine estimé, identité) fuient massivement en France et alimentent des marchés clandestins. Ces informations permettent de cibler physiquement des personnes fortunées.

Comment protéger son identité quand on investit en crypto ?

Limiter la visibilité publique de ses positions, utiliser des plateformes régulées avec des politiques de sécurité solides, ne pas associer son adresse personnelle à des registres publics, et être prudent sur les réseaux sociaux concernant son patrimoine.

La condamnation de Bajou met-elle fin aux crypto-rapts en France ?

Non. La condamnation concerne un individu. Le problème structurel, c’est-à-dire les fuites massives de données personnelles qui permettent d’identifier les cibles, reste entier. D’autres affaires similaires sont possibles tant que ce problème n’est pas traité à la source.

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